L'APPLICATION DU "PLAN VERT"..

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L'APPLICATION DU "PLAN VERT"

 

 

 

A partir de 1942 et l'envahissement de la zone sud de la France, l'ensemble des populations et les cheminots en particulier, se trouvent soumis à une politique d'occupation. La vie est difficile pour tous mais le métier de cheminot est un métier à hauts risques.

Progressivement la résistance à cette occupation va s'organiser et les cheminots y prendre une part de plus en plus active. Mails les premières actions "militaires" sont isolées et n'apportent que des résultats souvent mitigés. Puis, avec le temps, de véritables réseaux vont s'organiser et se coordonner pour réaliser des opérations d'une plus grande efficacité. Pendant ce temps les alliés préparent un plan incroyable; le plus grand débarquement militaire de l'histoire. L'un des volets de cette formidable entreprise est consacré à la "préparation" du terrain. Il sera essentiel, dans les premières heures de l'offensive de limiter tout acheminement de renforts vers le front ouest. C'est dans le cadre de cette "préparation" que sont effectués les bombardements massifs de mai 1944 des infrastructures routières, portuaires, ferroviaires... Mais ces actions d'une violence inouïe sont très meurtrières pour les populations civiles, et pas toujours de l'efficacité souhaitée. Les opérations locales réalisées directement sur place par des personnes connaissant bien la région sont donc mises en place en parallèle... Les ponts, les routes, les dépôts de la S.N.C.F. d'Avignon et de Pertuis sont attaqués par les maquisards... Puis arrive le moment de mettre en action le "plan vert"... Il est activé par un appel sur la B.B.C. le 4 juin... 2 jours avant la grande offensive.

VIADUC DE JONQUIERES

VIADUC DE JONQUIERES

VIADUC DE JONQUIERES

Le viaduc sur l'Ouvèze à Jonquières victime des résistants. La ligne d'Orange à Cavaillon est coupée. (Coll Capdeville)

Alors que troupes débarquent en Normandie, les résistants déploient une énergie considérable, en application de ce plan (destiné à freiner les évolutions des Allemands, durant la phase de débarquement. Il est complété par le plan "grenouille" relatif aux sabotages des ponts tournants et grues de relevage et d'autres plans relatifs aux sabotages de lignes téléphoniques ou d'énergie.. plan violet, etc.), pour bloquer le matériel allemand stationné en Provence. Chaque heure, chaque jour gagnés sur l'arrivée des renfort, peuvent permettre aux forces Américaines, Anglaises, Françaises, Canadiennes, de prendre pied sur le sol de France. Le 6 juin 1944, l'opération Overlord est lancée depuis les îles britanniques. Entre Avignon, Arles et Tarascon, prés de 5 000 hommes de troupe allemands sont cantonnés ainsi qu'une importante division blindée. Dès l'annonce du débarquement la "Panzerdivision" est mise en route pour être acheminée vers la Normandie. Il faut une journée pour charger le matériel sur des wagons et préparer les plans de circulation. Mais la seule traversée du Vaucluse va demander plus de 25 heures à ces convois surchargés! Le matériel roulant est saboté, les voies et ponceaux dynamités... Les blindés allemands ne parviennent sur le terrain que plus de huit jours plus tard... Huit jours mis à profit par les alliés pour installer de solides têtes de pont et engager la bataille de Normandie...

C'est le 6 juin 1944, jour même du débarquement, que la première opération de destruction d'ouvrage se produit en Vaucluse. C'est le pont S.N.C.F. sur le Calavon, entre Cavaillon et Robion, qui fait les frais de cette première sortie des maquisards. Il est prés de 23 heures lorsqu'une explosion se produit. Deux "pétards" ont été placés de part et d'autre du pont. Les dégâts ne sont que peu importants eu égard à la puissance des charges mises en jeu. Malgré tout, les techniciens S.N.C.F. préfèrent prononcer sont inaptitude à l'exploitation... Une autre manière de "résister".
Deux autres attentats se produisent au même lieu le lendemain. Ce même 7 juin, des charges sont placées sur le pont sur le Chemin de Grande Circulation n°83, prés d'Apt. Les charges sont découvertes non explosées...

MIRABEAU

Un pont route saboté à Mirabeau. (AD Vaucluse)

La ligne des Alpes est particulièrement visée dans les premiers jours de juin 1944. Il faut à tout prix empêcher les déplacements de troupes Allemandes stationnées prés de Marseille et tentant de "remonter" en contournant les grandes agglomérations et la vallée du Rhône via Gap et Sisteron. Le 10 juin un train de marchandises venant de Pertuis et se dirigeant vers Mirabeau est plastiqué sous le tunnel. Sous la violence de l'explosion, la machine se couche sur la voie, obstruant le passage...

Le 27 juin, une explosion se produit en pleine nuit au pont métallique au dessus de la Sorgue, sur le territoire de Velleron. Mais le "résultat" ne semble pas convenir aux artificiers du maquis qui reprennent le même ouvrage pour cible la nuit suivante. Le pont est cette fois très endommagé. Des pièces de métal sont retrouvées à plus de 100 mètres de l'ouvrage! (réparé le 2/1/1946).. Dans la même nuit le pont sur le Calavon est à nouveau "visité"... Le nouveau sabotage donne raison aux techniciens de l'équipement; le pont est désormais dangereux pour la circulation... Le tablier est faussé et déplacé. Pourtant, étant donné l'importance stratégique de l'ouvrage, quelques heures seulement après l'attentat, 3 piles provisoires en béton sont construites pour soutenir les parties fragilisées. La circulation est à nouveau possible à toute petite vitesse, mais cette réparation ne peut être que "provisoire".

Le 3 juillet suivant, c'est le pont sur le Merderic, entre Villelaure et Cadenet, qui est la cible du maquis. La même nuit le pont de Velleron est à nouveau visité. Le pont de Meyrargues subit également quelques dégâts... Ironie du sort, ou clin d'œil malicieux du hasard, les résistants qui sont aussi pour nombre d'entre eux des cheminots.... Travaillent le jour, sous direction allemande à la remise en état des ouvrages qu'ils ont eux même détruits la nuit... Ils mettent à profit cette étrange situation pour replacer des charges explosives, au nez et à la barbe des gardiens. Ils reviennent un peu plus tard pour "allumer les mèches".. Autre "avantage" de cette situation; les cheminots/résistants connaissent à l'avance les opérations envisagées par l'occupant, semble-t'il peu soupçonneux, les transports de troupes prévus, les zones particulièrement surveillées... et les autres, où l'on peut frapper.

La nuit du 13 au 14 juillet voit la visite des partisans sur le pont de la bifurcation de Pertuis. Cet édifice, pourtant d'une grande importance, n'est curieusement pas gardé. Seulement 2 civils réquisitionnés sont présents sur les lieux pour surveiller 2 engins posés auparavant et encore non explosés... Il n'est pas improbable que ces hommes vont prêter main forte aux saboteurs, avant d'être battus et ficelés pour donner le change... L'action est une totale réussite. Rails cassés, poutres faussées, ligne détruite de part et d'autre du pont... L'ouvrage est pourtant réparé et livré à l'exploitation le 6 août suivant! L'enquête de police n'aboutit pas... Les fonctionnaires sont bien plus occupés avec des vols de... pommes de terre survenus en gare... C'est Jean Tambour et Julot Fabre qui sont chargés de l'opération. Une autre équipe "s'occupe" du viaduc routier. Le central téléphonique, tout proche, est également détruit. Gilbert Juillard, René Viguier, de leur côté, opèrent au pont de chemin de fer au lieu dit "les trois frères", quant à Jojo Bellair et André Vilizo ils "travaillent" sur la "ligne des Alpes"...

Le 30 juillet, une nouvelle déflagration est entendue prés de Velleron. Il est 3 heures du matin, le pont sur la Sorgue au P.K. 33,473 vient de faire les frais du déplacement des maquisards. Les poutres sont avariées, les rails cassés, le tablier déplacé et les culées fortement ébranlées et endommagées... Sous la pression de l'occupant, l'ouvrage est réparé en seulement 2 jours! Le pont sur le canal d'arrosage entre Pertuis et Sainte Tulle est également attaqué, de même que celui sur l'Eze. tous deux sont inutilisables, rails sectionnés, piles lézardées... Ces actions, coordonnées avec des destructions d'ouvrages routiers que nous ne détaillons pas ici, sont destinées à bloquer l'armée Allemande sur ses positions. Des chars sont en effet parvenus à Pertuis le 29 et chargés en soirée sur des wagons... Ils sont désormais immobilisés en gare sans espoir de sortie routière ou ferroviaire... D'autres actions sont réalisées par les maquis du nord Vaucluse. Notons, le passage de convois d'un T.C.O., (nom de code "MAMMUTASTER") qui circule entre Châlons/Saône et Marseille via Orange, Cavaillon. Il circule en juillet 1944 et est composé de 12 trains de chars "TIGRE". Le 28, le régulateur de Lyon signale que seulement 7 des 12 trains sont parvenus à Cavaillon, mais qu'il sont refoulés vers Châlons de même que les convois qui sont encore en chemin...

Les premiers jours d'août sont marqués par une nouvelle série d'actions commando. Le 1er août voit la destruction d'un petit poncet prés de Pertuis, alors que le 2 août, le pont sur la Sorgue à Velleron est finalement et définitivement mis hors d'usage (réparé le 30/10/1945)... Il s'effondre dans la rivière. Dans le même temps, le viaduc sur la Durance entre Avignon et Barbentane est pris à partie par la 15 eme U.S.A.F.. Il est fortement endommagé et quatre de ses piles sont démolies. Il est toutefois réparé provisoirement par les occupants. La circulation est rapidement possible sur une seule voie. L'emplacement de la seconde voie est utilisée grâce à une estacade de bois pour la circulation routière. Cela pour pallier la destruction de l'ancien pont suspendu de Rognonas.

Le 8/8, il est 13 H 45 lorsque le pont sur la RD 146 à Bonnieux est déchiqueté par une charge explosive. Plus d'une semaine de réparation sera nécessaire avant les premières circulations. Le 11/8, 3 charges sont placées sur la voie ferrée entre Orange et Piolenc au P.K. 710,200. La voie est coupée en plusieurs endroits alors que le pont sur la route de Sérignan est fortement ébranlé. Le plan a été réalisé avec succès.

 

Le 15 août, les alliés débarquent maintenant en Provence et se lancent à l'assaut de la vallée du Rhône. Avant de se retirer les occupants tentent de détruire le maximum de matériel ferroviaire. A Sorgues, par exemple, les Allemands quittent la gare en incendiant le parc à traverses, mais sans pousser plus loin leurs destructions... sauf celle de la pendule de la gare dans laquelle est plantée symboliquement une hache! En Avignon, les dégâts " à retardement" sont très importants, avec la destruction du viaduc métallique du Rhône...

LE VIADUC SUR LE RHONE

Le viaduc d'Avignon détruit par les Allemands en retraite.

M G. Cayssol dont nous avons pu consulter le témoignage, se souvient du dernier jour de guerre en gare de Carpentras: "vers la fin de l'occupation, 3 trains étaient encore en gare, deux ne nous ont pas donné de difficultés, quant au troisième il n'en a pas été de même. C'était un régiment de S.S. qui partait pour le front Russe. Il a été surveillé durant toute la nuit par des sentinelles. Les trois trains sont partis en matinée, à une demi heure d'intervalle. Quand j'ai donné le signal du départ du dernier train, le chef de gare et quelques agents étaient sur le quai avec moi. Lorsque nous avons vu le dernier wagon disparaître sous le pont du gaz, nous avons enfin respiré. la libération de Carpentras était maintenant très proche..."

Ces événements prennent fin avec le mois d'août. Pertuis et Cavaillon sont libérées, Les blindés alliés pénètrent en Avignon le 26. Carpentras est aux mains des alliés, Orange est libérée... Les occupants, pour leur part ont entamé leur retraite depuis le 20. Pour beaucoup par voie ferroviaire. De nombreux trains ont quitté Avignon. les Allemands entraînent avec eux 5 wagons de prisonniers politiques et militaires ainsi que le "train fantôme".

Le 8 mai 1945, l'Allemagne Nazie capitule. Après avoir du détruire leur outil de travail, les cheminots vont devoir maintenant s'atteler à la reconstruction...

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05/03/2009
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