LA VIE QUOTIDIENNE ENTRE ORANGE ET LE BUIS

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LA "VIE" SUR LA LIGNE D'ORANGE AU BUIS

 

RETOUR VERS L'HISTORIQUE DE LA LIGNE...

 

LA VIE AU QUOTIDIEN...

Durant quelques décennies à peine, le "petit chemin" de fer aura suivi son chemin, paisiblement. Peu d'événements majeurs ont émaillé cette courte carrière, hormis pendant la dernière guerre...

En somme, un petit train, dans un petit coin... Qui ne demandait rien à personne et suivait son petit bonhomme de chemin.

La gare de Roaix

On relève toutefois qu'en 1920, un accident grave se déroule à rélève toutefois, qu'en 1920, un accident se déroule à Vaison. C'est l'un des très rares événements ayant eu pour cadre la petite ligne, mais il est terrible... Un homme et une femme y sont tués par le train!

Le couple dans un déplacement pédestre avait choisi, pour gagner probabalement un peu de chemin, de suivre la voie ferrée et de franchir un pont ferroviaire. Mais, voilà que la chaussure de la dame se coince entre rail et contre-rail... Comble de malchance voici que le train apparaît! Il siffle, il ralentit, mais il est déjà trop tard... Malgré l'acharnement de son mari pour la déchausser, malgré le freinage du mécanicien, il n'est plus possible d'éviter la collision. Les deux époux périssent ainsi, sous les yeux de leur fils. S'il est vrai que l'utilisation des ponts par les piétons était interdite par le règlement, elle était malgré tout assez courante. Ce petit train brinquebalant, avec son gabarit réduit, que tout le monde connaissait, ne semblait pas pouvoir être dangereux...

En 1938, diverses lois et décrets complémentaires sont mis en place dans le cadre de la coordination des transports. Les essais de circulations Auto-rails n'offrent pas un rapport suffisant aux compagnies Elles sont donc définitivement arrêtées. Les lignes Avignon-Carpentras, Cavaillon-Apt et Pertuis, Orange-Cavaillon via l'Isle/Sorgue, Avignon-Nîmes, Orange-Le Buis sont frappées de plein fouet et perdent les dernières liaisons voyageur encore en place. La suppression du service des voyageurs provoque la disparition du personnel désormais en excédent. Pour la Cie. des Chemins de Fer Economiques (gérante de la ligne d'Orange-Le Buis) cette compression se traduit par le licenciement de MM Albert Millet, Louis Bernard et René Bés... qui tentent de se reclasser au sein de la SNCF.

 

LA GUERRE DE L'O.L.B. ...

La position de la ligne d'Orange au Buis Les Baronnies la met dans une situation particulièrement inconfortable. Elle traverse en effet, sur les premiers kilomètres, la zone des aérodromes de Caritat et de plan de Dieu, utilisés par la Luftwaffe. Elle est aussi sous l'influence, dans sa section terminale, du "maquis" du Ventoux. Elle est donc la cible de divers attentats et opérations de "commando", tout en étant soumise aux représailles Allemandes et aux mitraillages alliés...

Mais elle bénéficie d'une situations particulière qui fait qu'entre 1939 et août 1943, elle continue à vivre paisiblement, comme si rien ne se passait.... Les Allemands, installés dans la région et plus particulièrement sur les aérodromes orangeois, finissent par s'intéresser à la ligne et imposent la mise en circulation de navettes à leur usage...

Puis, le 3 mai 1944, les fils téléphoniques placés le long de la voie sont brûlés entre Orange et Camaret... Les Allemands, après une enquête sommaire, mettent en cause le personnel des Chemins de Fer et arrêtent 2 jeunes chauffeurs. L'intervention, particulièrement convaincante de M Thevenot, chef des services sur la ligne, permet la libération des 2 hommes.

Le 25 mai, le train est "attaqué", avec la complicité du personnel, par le maquis peu après Mollans... Et le wagon POSTES délesté de son contenu, argent et courrier. Le lendemain, les fils téléphoniques sont à nouveau incendiés entre Camaret et Violès. Une fois encore M Thevenot, doit intervenir pour convaincre les enquêteurs qu'il ne s'agit pas d'un sabotage, mais d'un incident technique du au mauvais positionnement des fils...

Le 8 juin, un jeune homme est "exécuté" sur la plate forme d'une voiture, en gare de Roaix. "Exécution" à laquelle font écho le 10, de sanglantes représailles à Vaison.

Le 9 juin, le train de voyageurs et un train de service sont saisis par le maquis en gare du Buis... Qui ne les restitueront qu'après de longues négociations.

Le 31 Juillet, c'est le chef de gare de Violès qui est exécuté par les allemands et son épouse arrêtée... Elle n'est libérée que le 9 août.

Le 8 août, un officier de l'armée allemande, accompagné d'une femme ayant emprunté par erreur le train du Buis, sont enlevés par les maquisards, à Vaison, terminus provisoire de la ligne... Le chef de gare est arrêté par les Allemands et ne doit sa libération qu'à l'énergie dépensée une fois encore par M Thevenot... Mais à partir de là le train ne dépassa plus la gare de Violès. Puis, le train est mitraillé en pleine voie par des "SPITFIRE" lors d'une attaque aérienne de l'aérodrome de Caritat. Action militaire qui ne fait aucune victime mais sonne momentanément le fin de tout trafic sur la ligne... Nous sommes le 22 août.

Les circulations ne reprennent qu'avec la fin du conflit, mais la fin est déjà proche...

En février 1952, le petit train du Buis, presque au crépuscule de sa carrière se "paie le luxe" de faire parler de lui dans la presse, pour autre chose qu'au sujet de sa fermeture prochaine. Tout se passe en gare de Vaison la romaine. Par suite du mauvais fonctionnement d'un aiguillage, plusieurs wagons de marchandises sont dévoyés et se renversent sur les voies... Incident spectaculaire sur cette petite ligne "tranquille", mais heureusement sans gravité.

Le relevage des wagons renversés... Plus de peur que de mal...
Remarquer la draisine...

Une carte postale qui a été postée dans le train en 1908. Le timbre porte le cachet "BUIS LES BARONNIES A ORANGE"

LES ANECDOTES...

LE TRESOR DE L'OLB... Par M Yves Favier

Un jour, un maquignon emprunte le train pour se rendre à la foire du Buis en vue d'y acheter des chevaux. Arrivé à à Sablet, un besoin pressant l'oblige à descendre du train pour se rendre au petit édicule prévu à cete effet. Hélas, la place est déjà occupée. " Je ne tiendrai pas jusqu'à Roaix, pense t'il en se dirigeant vers la haie de cyprès.

Mais voilà que le train redémmarre déjà!! Notre homme remonte ses brailles en vitesse et se lance à la poursuite du convoi, qui fort heureusement n'a pas l'accélération d'un T.G.V.. Il parvient finalement à se hisser sur la plate-forme de la dernière voiture...

Arrivé au Buis catastrophe!! Il s'aperçoit qu'il a perdu dans l'aventure, la précieuse bourse pleine de Louis d'or qu'il avait attaché à sa ceinture en vue de ses achats...

Au retour, des heures durant, il a cherché son bien perdu... En vain. Il s'en revint donc chez lui, déçu et amer...

On a pu voir ensuite, des semaines durants, toutes sortes de gens déambuler le long de la voie... Tête baissée. Peut être encore aujourd'hui, se trouvent quelques amateurs qui, poêle à frire en mains, cherchent le trésor perdu...

LE PERSONNEL DU BUIS

En gare du Buis...
à droite M Jupille, le chef de gare, à gauche M Guichard le chef de train.
(Collection Mme Espérandieu)

FAUSSES NOTES...

Le théâtre antique d'Orange accueille régulièrement, chaque été depuis 1869, des spectacles lyriques (CHOREGIES) attirant une foule nombreuse, y compris têtes couronnées et Présidents de la République.
Si ces derniers s'y rendaient à bord de leurs magnifiques trains, nombre de spectateurs le faisaient par les omnibus locaux.

Une anecdote est rapportée, à ce sujet, dans l'ouvrage "LE PETIT TRAIN DU BUIS".

Exceptionnellement le fameux "tacot" circulait nuitamment, l'été... Un train spécial "descendait" les spectateurs en fin d'après-midi, puis les "remontait", après le spectacle, vers les 3 H du matin... Des trains existaient, en sens inverse, pour le "feu d'artifices du Buis" ou pour les spectacles Vaisonnais. C'est là, précisément, que se déroule ladite histoire.

LA GARE D'ORANGE

Arrivée du train pour les spectacles

A chaque fois que nous amenions un train à Vaison, le comité des fêtes offrait des places au personnel du train", témoigne un ancien mécanicien. Le théâtre voisinnant de la gare, les cheminots, après un sommaire débarbouillage, assistaient donc aux spectacles.

Or, un beau jour, les billets ne furent pas offerts... Vexés, mécanicien et chauffeur ont attendu l'heure réglementaire du départ du train, minuit, puis, ont "appelé" à grands coups de sifflet strident leurs passagers. Le spectacle n'était pas encore terminé!. Il est aisé d'imaginer, dans le tiédeur d'une nuit d'été provençale, le mélange des genres... Sifflet à vapeur d'un coté, chanteurs lyriques d'un autre... Cette cacophonie valut, évidemment, sévères remontrances au personnel des CdF économiques mais il n'y eut plus jamais d'oubli de la part du comité des fêtes...

LA "CUEILLETTE" DES GRIVES: Par Y. Favier (Extrait de "Le petit train du Buis")

Celui qui n'a jamais dégusté une bonne brochette de grives dorées à la cheminée, farcies aux croûtons et truffées, bien entrelardées et arrosées de leur jus, ignore un des sommets de l'art cullinaire. Ce n'est, bien sûr, par le cas des gens de la campagne de Provence pour lesquels la chasse constitue souvent un passe-temps agréable et un appoint cullinaire appréciable.

Certains membres du personnel roulant du train étaient des connaisseurs et savaient apprécier, à l'occasion, quelques oisilons dorés à souhait. D'ailleurs, il n'était pas rare qu'un riverain leur en donne une brochette en échange d'une "bonne manière". De quoi donner l'eau à la bouche et des idées... En période de travail, ils avaient trouvé le moyen de joindre l'utile à l'agréable. Certains hivers sont rudes, même en Provence et, au petit matin, le givre recouvre complètement la végétation et le sol. Ce dernier est trop dur pour que les oiseaux engourdis par le froid de la nuit, puissent y trouver leur pitance. Ils doivent attendre le dégel qui viendra plus tard dans la journée, si le soleil apparaît. Ils sont donc affaiblis et vulnérables.

A notre époque, donc, les volatiles en question dormaient sur les fils télégraphiques en bordure de la voie, encore engourdis par le froid de la nuit. Certains d'entre eux, complètement gelés, étaient tombés et gisaient à côté des rails ce qui, on le conçoit aisément, n'échappait pas à l'oeil vigilent du mécanicien ou du chauffeur. C'est dans ces cas que l'esprit d'équipe se manifeste le plus spontanément. Nous nous sommes laissés conter que certains tandems mécanicien-chauffeur n'hésitaient pas à rouler au pas (ce qui souvent n'était pas bien difficile) dans les coins propices, permettant à l'un d'eux de descendre du train pour recueillir les malheureux volatiles gelés et de les fourrer rapidement dans la musette avant que les passagers ne s'en aperçoivent... De quoi améliorer l'ordinaire, mais qui s'en plaindrait?

LA GRAND MERE ET LA CHEVRE: Par M Yves Favier

Vers 1920, une grand-mère s'évertuait à faire grimper sa chèvre dans le compartiment des voyageurs... "Holà! lui dit le chef de train, votre chèvre il faut la mettre dans le fourgon..." Et la mémé de lui répondre, en provençal bien sûr, "Maï Moussu, aî paga, ma cabre tembên... (mais, Monsieur, j'ai payé et pour ma chèvre aussi)". Et il fallut en passer par la volonté de la mémé... à la "grande joie" des voyageurs, on l'imagine...
Profitons de cette occasion pour rappeler que le chemin de fer assurait souvent, ancien temps, le transport d'animaux vivants (mais bien sûr, dans le fourgon à bagages ou dans une niche spéciale intégrée au fourgon, pour les chiens). Pour les déplacements aux foires et marchés, il n'était pas rare que les paysans emmènent avec eux chèvres, moutons, veaux, cochons... mais le train transportait aussi chevaux, lapins, poules et ... escargots (dont on raconte qu'une fois, tout un chargement s'est échappé sur le quai de la gare de Carpentras!).

L'AUTEL DE VAISON: Par M Yves Favier

9 H 30 du soir... Le petit train Orange-Le Buis les Baronnies entre en gare de Violès. Un seul voyageur en descend et, après avoir regardé des deux côtés de cette gare un peu déserte, il s'adresse à une personne qui se trouve là, sur le quai, à regarder le train...
- Pardon Monsieur, vous ne connaîtriez pas un hôtel à Violès?
- Un hôtel? Bien sûr, j'en connais même un très beau. Si vous voulez bien me suivre, je vais vous y conduire...
Tous deux traversent le village et se dirigent vers l'église. Ils entrent dans la maison de Dieu, arrivent au choeur et... s'arrêtent... devant l'autel! Et là notre violèsien de se retourner, tout fier, et de déclarer au voyageur:
- Té mon brave, il est pas beau celui là?... Et le pauvre touriste de le regarder, tout déconfit... Il était tombé, le "pôvre", sans le savoir sur le "râvi" (lire "l'innocent" pour ceux peu familiarisés avec le Provençal) du village...

"UN CHEF DE TRAIN ACROBATE: Par Y. Favier, texte et dessin. (Extrait de "Le petit train du Buis")

Etant enfant, je me souviens que ma mère m'autorisait, après mes 7 ans, à effectuer le voyage debout dans le petit recoin de la plate-forme du wagon de voyageurs. Je sentais qu'elle me surveillait du coin de l'oeil, prête à m'envoyer une gifle si je faisais mine de m'approcher de la petite porte en fer forgé de la plate-forme. Mon plaisir était de regarder défiler le ballast et les traverses sous les marchepieds en tôle grillagée.

Mais ma joie suprême se situait au moment où le chef de train sortait de son fourgon pour venir poinçonner les tickets des voyageurs. Entre le fourgon et la voiture de voyageurs il était possible de circuler à condition que les plaques d'intercirculation soient abaissées et que les deux portillons en bout soient ouverts et vérouillés... ce qui n'était jamais le cas.

Pourquoi? Mystère. Aussi, le chef de train, sacoche en bandoulière, descendait sur le marchepieds du fourgon, faisait le grand écart, s'aggripait en voltige à la rampe de la voiture de voyageurs et se retrouvait sur la plate-forme où je me tenais, immobile, dans mon petit coin, admirant sans réserve et avec même un petit frisson dans le dos, la virtuosité du chef de train, véritable accrobate du rail. C'est à cette époque que je rêvais d'être chef de train quand je serais "grand".

LE PERSONNEL DE LA GARE DE VAISON

Le personnel de la gare de Vaison en 1911.

LE TRAIN ET LA CHARRETTE:Par Y. Favier, (Extrait de "Le petit train du Buis")

Pour une raison qui nous échappe aujourd'hui, durant les premières années d'exploitation, il y eu un différent, quelque part sur la ligne (du côté de Sablet ou de Séguret, semble t'il), entre la Société des CdF économiques (SE) et un riverain. Ce dernier jugea bon d'écluser ce passif à sa manière et, pour ce faire, ne trouva rien de mieux que d'obstruer la voie en y abandonnat une vieille charrette, bonne pour la casse. Vous imaginez les têtes du mécanicien et du chauffeur, forcés de s'arrêter devant l'obstacle! L'équipe du train sua sang et eau pour basculer la charrette sur le bas côté car, à la différence du paysan vindicatif, ils ne disposaient pas du cheval.

Le train ayant pris un retard plus important que de coutume, le chef de train fit un rapport ce qui provoqua une enquête de gendarmerie aboutissant, sans peine, à la découverte du coupable... Celui-ci dut payer une forte amende. Cela fit évidemment jaser dans les chaumières et, durant un certain temps, le paysan devint un peu la risée du coin. On aimait à le taquiner en lui demandant à combien s'élevait l'amende dont il avait dû s'acquiter... Ce à quoi il répondait immanquablement (en provençal):"Tu n'as qu'à mettre la tienne de charrette en travers de la voie et tu le verras bien!".

Nous rajouterons à cette sympathique anecdote, qu'une affaire assez proche s'est déroulée en notre gare d'Aubignan-Loriol... Un différent ayant opposé le chef de gare et un expéditeur local, s'était soldé par un acte peu élégant de la part de celui-ci... Qui avait déposé le chariot de la gare au ras du quai mais... avec les brancards tournés du côté des voies... Ce qui devait arrivé s'est produit et
le premier train entrant à renversé et complètement "écrabouillé" le chariot qui évidemment n'avait pas la taille suffisante, à l'instar de la charrette, pour arrêter le convoi.

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La ligne du Buis inspire également une petite BD dans la revue La Vie du Rail, en 1961.

 

NOTRE PETIT TRAIN INTERDEPARTEMENTAL

Après les accidents, trop nombreux hélas, qui se produisent aux passages à niveau laissés ouverts aux heures où circulent les trains, la presse mène une campagne pertinente afin que la S.N.C.F. prenne toutes les mesures utiles capables d'annihiler les défaillances possibles des garde barrières. Un grand quotidien parisien don les articles sur ce sujet, sont pleins de bon sens, publiait voici quelques jours l'entrefilet suivant: "Il y a sur la ligne départementale d'Orange à Vaison la montage (sic!) trois passages à niveau dont les barrières restent ouvertes même aux heures où circulent des trains. Ces sont ceux de Camaret, Roaix et de Vaison la Montagne. Attend-on là aussi une catastrophe?".

Si nous faisons chorus, nous aussi pour réclamer plus de sécurité là où la route traverse la voie ferrée, nous ne pensons pas qu'il soit nécessaire de s'alarmer pour ce qui concerne notre petit train d'Orange à Vaison la romaine, y compris son prolongement jusqu'au Buis les Baronnies. Notre grand confrère parisien ne doit pas connaître notre "tortillard". Aussi doit il lui donner l'importance d'un rapide à grand trafic. En lisant son entrefilet nous nous remémorons le récit fort amusant où Jules Renard dans son roman "L'Ecornifleur" nous décrit, sur un ton plaisant et ironique, avec des détails pittoresques eu travers desquels perce une certaine affection, un petit train d'intérêt local ressemblant comme un frère à celui qui fait la navette entre Orange et Buis les Baronnies. Afin que notre confrère de la capitale soit tranquillisé quant aux accidents possibles tout au long de la ligne pré-citée, nous pouvons, en parodiant Jules Renard, lui donner quelques renseignement sur notre tacot interdépartemental.

C'est une sorte de jouet mécanique assez solide pour porter une douzaine de voyageurs et quelques paniers de fromages, de pommes ou de gibier. Il s'arrête quand il veut, quand les voyageurs lui font signe. L'administration a jugé utile de mettre les barrières à tous les passages à niveau. A chaque gare le train s'amuse. Il lâche un wagon, en accroche un autre, tamponne un troisième par mégarde, feint de manoeuvrer et, vite essoufflé, se désaltère à la prise d'eau. Il parcours une dizaine de lieues dans sa demi journée, sans se presser. Il permettrait au docteur, dont la clientèle serait dispersée sur la ligne de faire ses visites aux sations entre l'arrivée et le départ. Il prend soin de siffler longuement avant d'aborder un passage à niveau qu'il traverse toujours avec prudence. Et jamais personne ne s'est signé à son passage croyant avoir vu passer le diable.

Brave petit train qui chemine à longueur de journée (sauf le dimanche), tu serais sûrement pour les parisiens un motifs de raillerie ou à chanson montmartroise. Tu nous reste très sympathique et nous t'aimons bien.

LE DAUPHINE 5/12/1950 (A.D. VAUCLUSE)

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COMITE DE DEFENSE ET DE MODERNISATION DE LA LIGNE ORANGE LE BUIS LES BARONNIES.

Le 25 mars a eu lieu, en mairie de Vaison la romaine, une très importante réunion de ce comité. Le président Raymond exposa le mémorandum à soumettre au ministre des Travaux Publics des Transports et du Tourisme.

Le rapport, très documenté, rappelle les démarches entreprises auprès de pouvoirs publics et de la S.N.C.F. depuis le 13 octobre 1948. Les chambres de commerce, les conseils généraux, les syndicats d'initiatives des deux départements, de même que cinquante et une communes de Vaucluse et de la Drôme ont été emmenés à se prononcer. Tous ces organismes ont voté des ordres du jour favorables à la thèse du comité à savoir: Sauvegarde et modernisation de la ligne. Il rappelle aussi la première entrevue d'une délégation au ministère des TP le 9 octobre 1949 et ses prises de contact avec les directeurs de la S.N.C.F. région sud est à Marseille. Avec toutes les précisions techniques nécessaires, le comité est mis au courant des économies à attendre d'un modernisation de l'exploitation par autorails et locotracteurs diesel. Le rapporteur rappelle les conclusions d'une enquête effectuée sur la ligne Pierrelatte-Nyons actuellement desservie depuis 1 an par la S.E.I.T.A de Marseille, concessionnaire des transports routiers. les dépenses d'exploitation par route équilibrent sensiblement celles par voie ferrée. Les usagers protestent contre l'insuffisance du délai accordé pour le déchargement, la vérification des marchandises et le supplément de frais qui leur est imposé par les livraisons à domicile. Les voyageurs protestent contre l'inconfort des cars et l'incorrection du personnel. Chacun craint que les trusts routiers, reconstitués malgré la nationalisation des transports, ne s'imposent par des tarifs prohibitifs lorsque les voies ferrées seront devenues inutilisables.

Il est d'autre part prouvé par l'exemple des chemins de fer du Vivarais qu'une telle organisation satisfait non seulement aux désirs des voyageurs mais qu'elle est rentable. Le trafic des marchandises est appelé à un grand développement par les milliers de tonnes de transport de bois qu'auront à charger les gares de Malaucéne, Mollans et de Séguret par l'exploitation des bois du Ventoux.

La suppression des services ferroviaires ne peut s'appuyer ni sur une économie notable ni sur une amélioration du trafic, ni sur l'accord des usagers.

Actuellement l'exploitation doit être envisagée sous l'angle de la modernisation par la mise en service d'autorails pour les voyageurs et de locotracteurs pour les marchandises. Plus tard il est permis d'envisager l'électrification de la ligne grâce à la puissance des installations hydro électriques dans notre région en particulier. Cette modernisation doit être envisagée dans le cadre des investissements.

En conclusion pratique le comité demande:
1) l'annulation de l'arrêté ministériel du 22 septembre 1938 qui déclarait la fermeture de la ligne.
2) la mise en service, pour une période d'essais de 1 an d'autorails assurant une double navette avec horaires à déterminer.
3) l'exploitation commercial du trafic marchandises.
4)l'application de la loi n°49 874 du 5 juillet 1949 qui prévoit la coordination et l'harmonisation de tous les biens de transport.
5)le réemploi du personnel en surnombre dans les entreprises nationalisées et dans des conditions au moins identiques quant a sa rémunération. Dernière heure: Une délégation du comité sera reçue au ministère des TP le mardi 1 avril 1952...

LE DAUPHINE 1 AVRIL 1952 (A.D. VAUCLUSE)

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Le 13 octobre 1948 a marqué la premiére intervention en faveur de la ligne Orange Le Buis les Baronnies par la modernisation de son exploitation. C'était au titre de Président du Syndicat d'Initiatives des Baronnies que j'agissais. Le 28 juin 1949 était constitué le comité dont vous avez bien voulu me confier la vice-présidence. Le 8 avril 1952 , à la suite de la démission du Président Piraud, j'étais désigné comme son successeur. Chacun sait les innombrables interventions qui furent effectuées au nom du comité afin de faire aboutir la solution de bon sens que nous espérions voir triompher. Mais hélas, il fallait déchanter et le 13 décembre 1852 le dernier train circulait pour la derniére fois.

Nos récriminations actuelles seraient vaines. Tout ce qui était humainement possible a été temté jusqu'au sommet des responsabilités. Aujourd'hui donc notre mission est terminée et, dans son assemblée Générale du 22 décembre 1953, le Comité a décidé sa dissolution et la répartition de l'actif existant.

Cette répartition s'est faite sur les bases suivantes:

1. Versement de 5000 Fr. au Syndicat des Cheminots.
2. Attribution à chaque agent licencié d'une part de l'actif social.
3. Attribution d'une part supplémentaire pour chaque enfant de moins de 16 ans.

D'aprés ces principes, 43 agents ont été compris dans la répartition et 29 enfants à charge, soit un total de 72 parts, ce qui a donné une répartions de 1 222 francs pour une part, l'actif social s'élevant à 88 000 Francs. Je conserve dans les archives du Comité la liste nominative des attributaires, de même que les numéros des chéques de débit.

Je remercie chacun de la bienveillance qui m'a été témoignée et qui m'a facilité la tâche. J'ai travaillé de toutes mes forces de militant syndicaliste, et s'il me reste cette satisfaction, j'ai cependant le trés vif regret de n'avoir pas réussi.

Le président, officier de la Légion d'Honneur, Félis Raymond,
Conseiller Général de la Drôme, Maire de Mollans sur Ouvéze.

Rapport sur la dissolution du comité de défense de la ligne du Buis .

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21/11/2007
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