LES PASSAGES A NIVEAU

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LES PASSAGES A NIVEAU DE VAUCLUSE...

 

Parmi les installations fixes les passages à niveau peuvent à eux seuls faire l'objet d'un chapitre complet, tant leur histoire est variée et mouvementée... Ils représentent un "monde" à eux seuls. Monde où vivaient de nombreuses familles cheminotes. Classés, en fonction de leur fréquentation, en diverses catégories ils sont équipés à l'origine de barrières roulantes ou pivotantes, puis oscillantes dans les années d'après guerre. La plupart sont enfin supprimés ou munis de barrières à commande automatique. Pratiquement chacun des nombreux P.N. Vauclusiens se trouvait pourvu d'une maisonnette, dans laquelle vivait et logeait la famille de la garde-barrière (Voir la vie aux P.N.), souvent dans des conditions difficiles. Ces petites maisons, si pittoresques, construites elles aussi sur un modèle standardisé, ont pour la plupart été vendues à des particuliers ou rasées lors de la disparition des P.N.. Elles restent très représentatives de l'ancienne époque du chemin de fer. L'ensemble des lignes représentait un nombre impressionnant de passage à niveau (109 recensés en 1881!... plus de 150 au total) dans le département, parfois à peine éloignés les uns des autres que de quelques centaines de mètres (Il est à noter que parfois, pour réduire les coûts aux endroits les moins utilisés, plusieurs PN pouvaient être gardés et manoeuvrés à distance depuis un autre PN)...

Interface obligatoire entre deux mondes antagonistes, route et rail, ils sont, dès leur mise en place et sont encore pour les derniers exemplaires, le lieu de tous les dangers. Points de "tensions" entre les utilisateurs des deux modes de transport, points sensibles en matière de sécurité. Ils seront l'objet de multiples demandes de suppression ou de modernisation de la part des collectivités locales, des Compagnies et des usagers, tout au long de leur carrière. Aujourd'hui encore ce sont les passages à niveau qui compliquent et alourdissent le devis de la remise à niveau de la voie entre Sorgues et Carpentras en vue de la réouverture de la ligne au service des voyageurs...

Ainsi, par exemple, le P.N. du Pontet va représenter dés sa mise en place un réel handicap à la circulation et sera le théâtre de nombreux accidents jusqu'à sa disparition... (Voyez l'article consacré à ce sujet). Celui de la gare de Sorgues également qui va poser problèmes dès sa mise en service jusqu'à sa rapide disparition...

En 1870, le P.L.M. projette de remplacer au P.N. 411 (Mondragon) les barrières de 8 mètres par des barrières de 6 mètres plus faciles à manipuler...

En 1889, c'est une opération contraire qui est demandée à Courthèzon. La commune réclame à la Cie. l'élargissement du P.N. 423, car le chemin vicinal desservi a été transformé en boulevard... (La Cie. facturera 250 Fr. à la commune).

En 1908, le Conseil Municipal d'Avignon, arguant de l'augmentation de la circulation des agriculteurs, réclame la suppression du passage à niveau de Champfleury et du 435 de Gigognan, pour leur remplacement par des passages inférieurs. Le P.L.M. refuse cette modification. Mais le développement du maraîchage, générant un lourd charroi, incite la commune à renouveler cette demande en 1922. Celle-ci est accompagnée d'une pétition. Les agriculteurs se plaignent que les fortes rampes d'accès nécessitent l'utilisation de plusieurs bêtes de trait. La Cie. prend en compte cette requête mais n'accepte de n'y accorder une suite favorable qu'à la condition que la municipalité prenne en charge la dépense occasionnée! Elle attire également l'attention sur les risques d'inondations liés à la création d'ouvertures dans la digue formée par le remblai du chemin de fer. En 1929 le problème n'est pas encore réglé. Le 11 mars, la demande est renouvelée. Le P.L.M. accepte tout au plus de contribuer à la dépense à hauteur de 65 000 Fr.. Le reste étant à la charge de la commune.

En 1930, la commune de Courthézon est finalement écoutée et le P.N. 423 est proposé à la suppression par le P.L.M. (intéressé!!... qui propose dans la foulée la suppression du 424...).

Le P.N. du hameau de la Croisière est également le théâtre de plusieurs accidents graves. La municipalité de Bollène réclame, en 1938, l'accélération des projets de suppression. Il était, comme celui du Pontet, souvent le lieu de longues attentes... à en juger par une réclamation de novembre 1893! En 1951, les P.N. du Pontet et du Thor font encore parler d'eux. Les quatre occupants d'une voiture sont tués au P.N. du Thor et un car scolaire, transportant une cinquantaine d'enfants, manque de justesse d'être percuté au Pontet! Ces énièmes accidents provoquent de vives protestations... Mais la S.N.C.F. qui n'a pas les moyens de supprimer ces installations se contente de modifier le P.N. du Pontet en renforçant les systèmes de sécurité.

Peu avant guerre, à la recherche d'économies, le P.L.M. et la Compagnie de CdF économique qui exploite la ligne du Buis, souhaitent faire supprimer les clôtures fixes et les barrières de nombreux P.N. (et le gardiennage, bien entendu!), en vertu de la loi du 26 mars 1897. En 1933, on demande donc la suppression des barrières des P.N. 15, 16, 20, 31, 50, 66, et 105 de la ligne du Buis... Malgré l'avis défavorable de la mairie de Sablet et de l'Ingénieur des P&C, accord est donné le 8 mars 1934.

En 1933, le P.L.M. émet une demande similaire pour la ligne de Sorgues à Carpentras et la suppression des barrières du P.N. 2. Celles du P.N. 6 sont déposées le 10 novembre 1939.
Idem pour la ligne d'Apt. La Cie. demande outre la disparition des clôtures, la disparition des barrières de P.N. 8, 13, 14, 17, 19, 20, 21, 24, 25, 26, 27, 29, 30, 36 et 37... Un avis favorable est émis, pour certains, 3 ans plus tard et les barrières des 8, 13 et 14 sont déposées le 1 juillet 1939... Celles des 5, 11 et 15 subissent le même traitement le 13 octobre et dans la foulée, la Cie réclame la disparition des barrières des 6, 10, 17, 18 et 22. C'est chose faite en décembre 1940.

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DANS UNE PETITION,
Les habitants des Courtines demandent
la suppression du
passage à niveau du chemin de Monclar

Les habitants du quartier des Courtines ont déposé ces jours derniers, une pétition auprès du Maire d'Avignon, afin de transformer le Passage à Niveau n°435 situé sur le chemin de Monclar, aux Courtines, en un passage établi sous la voie. On verra à la lecture de la pétition que cette modification s'impose de plus en plus pour un quartier digne du plus grand intérêt.

Les passages à niveau sont un danger constant pour la circulation. Un tragique accident survenu au Thor, dernièrement nous le démontre aisément. Si l'on considère que celui dont il est fait état dans la pétition est placé sur la ligne Paris-Marseille, ligne sur laquelle un trafic considérable et incessant à lieu journellement, on comprendra mieux encore les raisons invoquées par les signataires de la pétition. En plus du danger signalé, le passage à niveau rend le trafic entre le quartier des courtines et Avignon, des plus difficile, si l'on considère que le seul passage libre vers Avignon est inondé lorsque le Rhône accuse un niveau de 4 m 10. Niveau qu'il a atteint et dépassé largement plusieurs fois depuis novembre dernier. Nous sommes persuadés que les autorités compétentes s'occuperont activement de trouver une solution à ce problème délicat.

LA PETITION

Voici le texte de la pétition qui a recueilli de nombreuses signatures:
Les soussignés habitants des quartiers Saint Roch, Grillonenes, Villevert, Gigognan, Courtines, usagers du passage à niveau n°435. Ont l'honneur de vous remettre la présente pétition destinée à la transformation du passage à niveau n°435, situé sur la ligne de chemin de fer d'Avignon à Marseille, près du viaduc de la Durance, en un passage sous la voie ferrée.

Le passage à niveau actuel présente de multiples inconvénients imposés par les règlements de circulation qui entravent le développement et l'essor des exploitations situées dans le périmètre de ces quartiers déjà si mal partagés du fait: des inondations en hivers, du manque d'irrigation et été et de l'éloignement des marchés d'Avignon. En effet, ce passage, qui franchit la voie à une hauteur de 6 mètres, après une montée rapide, est traversé journellement par plus de 120 trains qui constituent un danger permanent tant pour les voitures et piétons que pour les enfants qui se rendent aux écoles de Saint Ruf et Monclar.

Si les règles de sécurité étaient appliquées intégralement, le passage deviendrait, autant dire infranchissable et créerait un obstacle pour la circulation dans des circonstances graves, tels qu'incendies, transport de malades, inondations, d'autant plus que dans ce dernier cas, dès que le Rhône atteint la côte de 4 m 10, la route de Courtine vers Saint Roch, se trouve submergée au pont de l'Aube et en maints autres endroits. Le seul chemin qui subsiste pour les habitants de Courtine se trouve être celui dit "Gigognan n°7" prolongé par le chemin vicinal dit Napoléon qui aboutit au dit passage à niveau n° 435. Dans ces conditions, les soussignés, estiment que la transformation du passage à niveau en un passage établi sous la voie en tenant compte des digues de défense contre les inondations, faciliterait la circulation dans les quartiers sus mentionnés en y apportant une sécurité incontestable pour les piétons et voitures. Contribuerait à faciliter les transports des produits agricoles sur les marchés d'Avignon. Favoriserait le développement d'une production agricole qui tend à prospérer, pour le bien de tous. Déjà, en 1931, une pétition avait été faite et prise en considération, un projet fut même établi par les services du Ministère des Travaux Publics, mais faute de crédits fut malheureusement abandonné.

Les soussignés vous prient respectueusement de bien vouloir vous intéresser à la présente pétition et vous demandent d'obtenir des services compétents qu'elle soit transmise avec avis favorable aux pouvoirs publics, à la S.N.C.F., etc.. afin que soit réalisé un projet utile à la sécurité publique, à l'encouragement au travail et la prospérité de terres qui peuvent par leur fertilité devenir les plus importantes de la commune d'Avignon.

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Quant à la ligne d'Orange à l'Isle, le P.L.M. demande en 1934, la suppression de clôtures et barrières des P.N. 4, 6, 24, 29, 30, 31, 35, 36 et 37. Les 4, 6, 35 et 36 sont "déshabillés" le 28 février 1939, les 29, 30 et 31, le 15 du mois suivant et les 5, 8, 12, 24, 28, 37 et 38, le 1 décembre 1939, en même temps que la coordination des transports réduit le nombre de circulations sur ces lignes secondaires. En octobre 1940, les P.N. 21, 22, 24, 25 28, 31, 34, 36, 39 et 40 de la ligne de Pertuis voient leurs barrières déposées et clôtures supprimées (demande de 1935).

En 1951, les habitants et utilisateurs du P.N. 435 sur la ligne Impériale (Avignon), demandent par voie de pétition, sa disparition (ci-dessus). Le P.N. est dangereux, malaisé et trop souvent fermé, tant la circulation sur la ligne est intense.

En d'autres lieux, les élus souhaitent... Conserver leurs barrières!... La commune d'Althen les Paluds s'oppose, en vain, à la décision de la compagnie du 15 septembre 1939, supprimant les barrières tournantes et le gardiennage du P.N. de cette localité.

Dans l'entre deux guerres, certaines vieilles barrières tournantes (souvent encore en bois!) sont remplacées par des barrières oscillantes avec commande simultanée par treuils et câbles. L'arrêté ministériel du 21 juin 1925, entérine cette modification au P.N. 406 de Lapalud. Celui du 2 mars 1926, modifie le 431 d'Avignon. Celui du 11 mai 1926, le P.N. 417 (P.N. 1 Orange/L'Isle) d'Orange...

En 1929, le projet d'une nouvelle voie de débord à installer en gare de Mérindol conduit les usagers à réclamer le remplacement des barrières et l'élargissement du P.N. 32. Le trafic des trains et des automobiles devient de plus en plus important et l'usage de ce passage de plus en plus malaisé. Mais le dossier traine jusqu'en... 1935.


En 1931, les P.N. 9 et 15 de la ligne Villeneuve - Miramas via Cavaillon, sont munis de barrières oscillantes, ainsi que les 3 et 7 vers Apt et les 27 et 33 de l'Orange - l'Isle. En 1933, les 409, 411, 416, 418, 422, 423, 429, ainsi que le 3 de la ligne Villeneuve - Cavaillon, subissent la même modernisation. En 1955, enfin, le P.N. du Pontet est supprimé et remplacé par un passage supérieur!... En 1957, les 5 premiers P.N. automatiques, non gardés, avec demi-barrières et signalisation lumineuse (PN à SAL), apparaissent en Vaucluse.

Le P.N. 435 de Monclar dont les usagers demandent la suppression en 1951.
cliché LE PROVENCAL (A.D. Vaucluse).

PN de Bollène la Croisière.

Le train de Sorgues, franchit le P.N. de la gare d'Entraigues.

Le P.N. 3 Avignon Ste Catherine en 2010... Encore en place pour quelque temps.

La modernisation de la ligne "impériale" et le relèvement de la vitesse limite des circulations (V200), conduisent la S.N.C.F. et les collectivités locales à "éliminer" 18 P.N. vauclusiens (Assemblée Départementale d'accord pour investissement de 20 MF. le 15/1/1981. 18 P.N. sur ligne PLM + 5 sur ligne Avignon-Salon). Ainsi, entre 1982 et 1986, les P.N. 403, 404, 405 (Lapalud), 408 (Bollène) 410 et 412 (Mondragon) 413 (Piolenc) 416, 417, 418, 419, 420 (Orange) 421, 422, 423, 424 (Courthézon) 425 (Bédarrides) 429 (Sorgues), 432 433 (Le Pontet) ainsi que les P.N. 2 (Avignon), 12 (L'Isle) 17, 18Bis et 18Ter (Cavaillon), sont supprimés et remplacés (ou non) par des ouvrages d'art.

Durant les dernières années de la première décennie de 2000 on parle à nouveau Passages à Niveau, mais dans le cadre de la réouverture de la ligne Sorgues-Carpentras... La loi impose désormais que toute ligne réactivée et/ou modernisée voit la suppressions de tous les passages à niveau... Pas toujours facile et surtout fort coûteux! (voir les documents de l'enquête publique).

Les Passages à niveau de L'Isle sur Sorgue... Celui près de la gare a été remplacé par un passage sous voies quant à celui de la ligne en partance vers Pernes et Orange, il subsiste encore en 2014 les anciennes barrières.

Les Passages à niveau de la ligne de Sorgues à Carpentras vont, pour la plupart, disparaître.

Elle était si joliiiieeeeee..... La maisonnette de Lapalud... Démolie en 1981.

Quant à celle-là, de l'ancien OLB... Elle a survécu.

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08/05/2011
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