LES TRAINS DE PRIMEURS EN VAUCLUSE (TEMOIGNAGE)

LE TRANSPORT DES PRIMEURS PAR LE RAIL...

TEMOIGNAGES

Mme J. et M R., EMPLOYES A LA S.T.E.F. AVIGNON.

La S.T.E.F., filiale du P.L.M. puis de la S.N.C.F., spécialisée dans le transport et l'entreposage frigorifique, a été une fidèle allièe du rail Vauclusien, dans la période du transport de primeurs. Mme J. et M R. ont vécu une partie de leur carrière professionnelle dans cette entreprise, cotoyant les fameux wagons blancs, qui venaient faire le plein de glace sous les tours... Ils nous font part de leurs souvenirs par l'intermédiaire de M J. C. C.

Mme J., vous avez passé trente années à la S.T.E.F., quel était votre travail lorsque vous y êtes entrée?
Je suis entrée dans les bureaux, aux services administratifs. Il y avait beaucoup de personnel dans ces services, car il y avait beaucoup d'imprimés et de documents à remplir. Tout se faisait à la main, au crayon au lieu du clavier de maintenant...

Le centre S.T.E.F. d'Avignon dans les années 50. Seules 2 tours de glaçage sont construites. Le bâtiment de 1936 avec ses chambres froides est bien visible au milieu. Au premier plan le traige de Fontcouerte et en arrière plan le futur M.I.N.

Combien de personnes?
Cela variait en fonction des saisons. Il y avait la saison "creuse", et puis l'époque des fruits et légumes pendant laquelle il y avait du personnel saisonnier qui venait nous aider. Nous étions environ une trentaine, avec ce renfort. Il y avait la saison des fraises de Carpentras et de Cavaillon, puis les asperges, les pommes et même des châtaignes... de l'Ardèche. On avait des chambres froides de stockage. On recevait les châtaignes en vrac par le rail. Il fallait un personnel important pour manutentionner tout ça. Et puis, ensuite, on les réepédiait en fonction des besoins.
En parallèle au stockage en chambres froides pour les agriculteurs locaux, il y avait le service de fabrication de la glace. Il y avait aussi beaucoup de personnel pour ce service, car il tournait tous les jours, dimanches et fêtes compris. On fabricait de la glace pour les wagons, mais aussi des "pains" pour les particuliers (il n'y avait pas de réfrigérateurs), les bistrots, les restaurants, les poissonniers, les campings, etc. etc.. On était les seuls de la région à fabriquer de la glace.
Puis, petit à petit, on a tout abandonné... L'apogée était dans les années 50/70. Après, la route a tout pris....

Vous même avez travaillé les dimanches?
Moi non, mais au service "fer" oui. Quand il fallait des wagons prêts pour le lundi, il fallait les préparer le dimanche...

Comment étaient faits les facturations, les payes...?
Il y avait beaucoup de personnel car tout se faisait à la main... On a encore des livres de paye de l'époque, de vrais oeuvres d'art... Heureusement les bulletins de paye étaient plus simples que ceux d'aujourd'hui...

Et durant l'hiver?
Il y avait des légumes d'hiver... Poireaux, carrottes, choux, navets, pommes de terre...

Outre le trafic wagons, il y avait ici un véritable service logistique?
Il y avait 2 entités distinctes, les entrepôts et le "fer". La partie entrepôts était très ancienne. C'était pour le stockage de fruits et légumes en réfrigéré, pour le comptes d'agriculteurs qui n'avaient pas de chambres froides... Puis le "congelé" s'est développé. Les wagons pénétraient ici, jusque dans la cour. Ensuite, on a construit de nouvelles chambres.

Comment se passaient les relations avec la S.N.C.F.?
Nous étions en permanence en contact avec le POSTE I de Fontcouverte... C'est eux qui mettaient en place les wagons. C'est eux aussi qui donnaient le "feu vert" pour les manoeuvres, ou qui décidaient de l'heure de départ des wagons chargés.

Durant toutes ces années, avec tout ce personnel, avez vous connu des incidents ou accidents?
Comme ailleurs, mais rien d'exceptionnel... On m'a parlé de divers incidents, d'un homme tombé d'un wagon... mais rien des très grave..

Y avait il beaucoup de personnel durant les nuits?
Il y avait des ouvriers la nuit, mais en nombre réduit. Juste pour surveiller le remplissage des silos de glace. Il fallait en préparer 280 Tonnes pour le lendemain matin. On la produisait la nuit...

Après 30 années dans l'entreprise qu'en retirez vous?
Difficile à dire. La S.T.E.F. c'était un peu ma deuxième maison. C'était sympathique au niveau relations humaines...

Maintenant tout a changé. Que pensez vous de ces évolutions?
Ca n'a plus rien à voir. Les méthodes de travail ont changé. Il y a eu une grande évolution. Déjà, il n'y a plus d'activité ferroviaire, tout est passé à la route et puis nous ne faisons plus de glace... La S.T.E.F était une "grande famille". Maintenant ça a changé. La "machine" a remplacé l'Homme... C'est moins contraignant, c'est vrai. Maintenant, tout se calcule plus vite avec l'informatique. Mais j'aimais mieux l'ancienne époque. Il y avait plus de travail, mais l'ambiance était meilleure...

M R., comment s'est déroulée votre carrière à la S.T.E.F.?
Je suis rentré comme chauffeur. Puis, un jour, j'ai eu un accident. J'ai été ensuite intégré dans le service de la maintenance. Notre travail consistait à faire en sorte que l'usine puisse produire ses
280 Tonnes de glace par jour. Des fois, il y avait des pannes, la glace se collait... mauvais dégivrage... il fallait vite décoller la glace à la main pour éviter que la plaque suivante ne vienne se coller à son tour. Mais dans l'ensemble ça marchait bien.
La glace pour les wagons, c'était de la glace pilée. On faisait congeler des "plaques", puis un air chaud venait décoller la glace qui tombait et était broyée (tours 1 et 3). La tour 4 fabriquait de la glace en "tubes". De l'eau coulait dans des tubes, puis un air chaud venait décoller la glace. La tour 2 servait à la fabrication de "boulets" d'un Kg. environ... 28 par minute!

Comment cette glace était elle mise en wagons?
La glace pilée était stockée dans des silos de 40 Tonnes. Il y avait un arbre au milieu, avec des chaînes et une trappe en bas. En tournant, l'arbre entraînait la glace et la faisait tomber par les trappes, dans les wagons. On en mettait environ 5 Tonnes dans les "super wagons".

En période d'été, je suppose qu'il y avait un trafic important? Comment cela était il géré?
Les wagons arrivaient le matin. Avant tout il fallait faire une visite pour vérifier qu'ils fonctionnaient bien. En effet, sur ce type de wagons, c'est des ventilateurs qui font circuler l'air frais. L'énergie nécessaire pour faire tourner les ventilos était donnée par les roues du wagon lui même. Il fallait donc vérifier que tout était en parfait état de marche. Si le wagon ne fonctionnait pas bien, on le refusait et la S.N.C.F. venait le remplacer.

WAGONS REFRIGERES STEF AVIGNON

pré-réfrigération des wagons par insufflation d'air froid...

Tout cela nécessaitait un personnel nombreux et du matériel?
On avait une équipe de permanence. Le matin on s'occupait de la glace. Il ne fallait pas que les machines ne s'arrêtent. On produisait tous les jours, y compris le week-ends.

Que se passait il une fois que les wagons avaient fait le plein de glace?
Le service "fer" appelait la S.N.C.F. pour qu'ils viennent récupérer la rame et en mettre une autre en place. Des fois, ça allait si vite que les hommes n'avaient pas le temps de descendre des wagons... Il fallait aller les récupérer au triage de Champfleury!

Il fallait entretenir tout ce matériel. Comment cela était il organisé?
On était 14 au service maintenance. Il y avait en permanence 4 personnes affectées au service des tours à glace. Les concasseurs étaient entrainés par des pignons et des chaînes. A tout moment, si ça cassait il fallait immédiatement aller réparer, remplacer les pignons ou les chaînes. Il fallait entretenir les moteurs électriques, changer les charbons... Dès qu'il y avait un bruit suspect on réparait, avant même que la panne ne survienne. J'habitais dans l'usine. J'écoutais en permanence le bruit des machines. Je savais reconnaître le bruit de chaque "groupe" de glaçage. Je savais quel groupe démoulait... Si le bruit n'était pas "conforme" je savais qu'il y avait un problème et j'allais voir sur place. A n'importe quelle heure il fallait réparer. Que ce soit minuit, 1 heure, ou 8 heures, il fallait y aller! On avait des chaînes de remplacement et des moteurs... Il ne fallait pas s'arrêter. Il fallait anticiper les pannes...

N'était ce pas dangereux de monter sur ces tours?
C'est vrai que c'était haut... trente, trente cinq mètres... et puis les passerelles étaient étroites... les jours de Mistral... Mais on n'y faisait pas attention. La nuit on ne voyait pas la hauteur... Il fallait monter à l'échelle le long des silos pour vérifier et nettoyer les sondes, car souvent elles nous créaient des soucis. Le système était automatique. Il y avait 2 silos de 40 T. Quand le premier était rempli, une sonde commandait le transfert de la production vers le second silo. Quand le second était rempli, ça rebasculait sur le premier. Si dès fois le premier n'avait pas été vidé, la production devait s'arrêter... Mais des fois les sondes ne captaient pas bien la glace et la production continuait et se déversait dans la salle des machines! Il fallait d'urgence, vider les 2 silos, puis les remplir... à la pelle! Je me souviens d'avoir vu près de 20 Tonnes de glace dans la salle des machines! On ne voyait plus les armoires électriques.

Il y avait donc diverses équipes?
Oui. Au moins 4 personnes étaient affectées aux tours, les autres, à l'atelier s'occupaient du reste, des chambres froides, des chariots élévateurs, de la vidange des locotracteurs, des menues réparations, changement des chaînes, etc.. De temps en temps, aussi, il fallait "retourner" les locotracteurs, car à force de rouler toujours dans le même sens ils avaient les roues usées d'un seul côté. Nous allions les tourner aux rotondes...

A quel moment les choses ont elle commencé à changer?
On peut dire que ça a commencé dans les années 80, mais ça s'est accéléré dans les années 90. Avec l'arrivée des camions frigo. C'était plus "souple".

Comment a été vécue cette transformation?
Côté finances ça a dû être visible pour l'entreprise. Moins de manutentions... Puis, petit à petit, il a été décidé de tout arrêter. LA S.N.C.F. achetait toujours 80 Tonnes de glace par jour. Elle ne la prenait pas obligatoirement, mais nous devions la tenir à disposition. Puis la S.N.C.F. a décidé d'arrêter en plein.

Maintenant les tours ont été démolies. Quel est votre sentiment vis à vis de cela?
Ca m'a fait de la peine. Quand j'ai commené, il fallait travailler dur. J'y ai passé des week-ends entiers et puis, maintenant, c'est terminé. C'est "dur" de voir les moteurs silencieux... Ils faisaient de la "musique" et on savait quand il y avait un problème, car elle n'était plus la même.... c'est triste.

WAGONS REFRIGERES STEF AVIGNON

Les wagons attendent le plein de glace. Noter sur les toitures des wagons les trappes à chaque extrémités par où était chargée la glace et les aérateurs qui tournaient en permanence pour faire circuler l'air froid.

Qu'avez vous vécu à la S.T.E.F. durant ces vingt ans?
Le travail était difficile mais agréable. C'était familial. On s'entraidait entre collègues. Il y avait une certaine complicité entre jeunes et anciens. C'était notre maison... C'est triste de voir partir tout ça, mais c'est la vie...

Alors, si c'était à refaire, le referiez vous?
Malgré tout, je dirai non... C'était bien, mais maintenant ce n'est plus ce que ça a été. Sachant ce que s'est devenu... Tout a changé à 100%... Mais je crois que c'est général, ce n'est pas qu'à la S.T.E.F.. C'est pour cela que je ne le referai pas, sachant ce que c'est maintenant, pas à cause du passé...

Vous le regrettez, ce passé?
Oui. Celui qui a inventé la glace c'était bien... c'était simple: de l'eau et de l'électricité... On a dû en gagner de l'argent avec ça. Alors tout arrêter comme ça, je ne comprend pas. La tour 2 a été remise en route dans les années 80... Cette tour ne produisait plus, mais c'est le Ministre qui nous a demandé de la mettre en service. A cause de la sécheresse. On était les seuls à faire de la glace, alors on l'a remise en marche. C'était génial, c'était joli de voir tourner ces machines...
On ne sait pas l'avenir, mais on a tout démoli. Un jour peut être on aura encore besoin de glace et on ne saura plus la produire...

Finalement, vous ne regrettez pas votre carrière?
C'était chaleureux. J'ai habité dans l'usine même... C'était un peu MON usine... C'est moi qui faisait visiter... Quand la nuit il y avait des rôdeurs, c'est moi qui allait voir...

Vous avez parlé des entrepôts de légumes?
(Mme J.) C'est une autre activité. On reçoit des légumes frais et on les transforme à la demande du client. On coupe, on congèle, on mets en sachets, etc... C'est notre activité principale, maintenant, au delà des entrepôts...

Nous vous remercions,  pour ces souvenirs..

Propos recuillis en 1999. (Photos Coll S.T.E.F. Avignon) 



09/02/2008
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