MADAME J S GARDE-BARRIERE..

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Madame J. S.,

GARDE BARRIERE...

 

Mme J. S... est retraitée de la S.N.C.F. Elle a effectué toute sa carrière comme gardienne de Passages à Niveau et à la voie. Son époux était, de son côté employé au district bâtiments. Elle fait part de ses souvenirs à M J.L. Bézet.

Quand et comment êtes vous entrée au chemin de fer?
Eh bien, j'y suis entrée en 1959. Mon époux était déjà cheminot et c'est M C., que nous connaissions bien, qui m'avait incitée à entrer également à la S.N.C.F.. Auparavant je travaillais en usine. Je suis devenue garde barrières au P.N. X de la ligne de Sorgues à Carpentras, en remplacement de Madame F..

Avez vous effectuée toute votre carrière comme garde barrières?
Je suis restée 18 ans au même passage à niveau. Mon mari, lui, travaillait au district bâtiment, il s'occupait de l'entretien des gares, des maisons de passage à niveau. Puis le P.N. X a été automatisé. Alors j'ai été déplacée au P.N. 429, à Sorgues. C'est le chef de district qui m'avait proposé ce poste. Le travail y était beaucoup plus difficile car il y avait énormément de circulations, mais le salaire était meilleur. Je le remercie de m'avoir fait cette proposition, car aujourd'hui c'est mieux pour la retraite. Ensuite je suis allée au Pontet, mais je n'y suis pas restée longtemps. J'ai terminé ma carrière au service de la voie.

Une maison de PN à Vaison.

Comment cela se passait il quand vous travailliez aux autres passages à niveau?
Eh bien, nous avons conservé depuis l'origine notre logement au P.N. X. Nous y habitons encore aujourd'hui. Quand je travaillais à Sorgues, je devais faire la navette tous les jours. J'ai du passer mon permis de conduire! Puis, quand j'ai été affectée au Pontet on nous a demandé de venir nous installer sur place. Nous n'avons pas souhaité le faire, car c'était très, trop bruyant. J'ai compté plus de 80 circulations dans une après midi! Alors, nous avons préféré abandonner ce poste et je suis allée à la voie.

Que faisiez vous au service de la voie?
J'étais "protecteur"... Vous savez, ce sont les agents que l'on place de part et d'autres des zones de chantiers pour surveiller les circulations et avertir les hommes de la brigade. J'ai d'ailleurs encore conservé la trompe qui servait à avertir les hommes. C'était, comme pour le passage à niveau, un métier de responsabilité. Les hommes de la brigade se reposent entièrement sur les protecteurs.

Vous étiez affectée dans une brigade particulière?
Non. Nous étions affectées en fonction des chantiers. Notre zone d'action pouvait aller jusqu'à Lapalud. Dans certains cas nous étions 3 surveillants. Par exemple quand nous étions à Sorgues à la sortie de la grande courbe. La visibilité était très mauvaise alors il y avait un protecteur à l'entrée de la courbe, un au milieu et un autre à la sortie. C'était très pénible, surtout les jours d'intempéries. Le vent était particulièrement pénible, en plus nous n'entendions pas arriver les trains.

Il est très rare de trouver des femmes au service de la voie. Comment cela se passait il?
Nous étions 5 femmes, dans ce type d'emploi. C'était très dur par rapport aux hommes. Ils avaient du mal à accepter la présence de femmes et considéraient que nous prenions leurs places. Beaucoup voyaient dans le métier de protecteur une bonne "planque". Mais c'était faux. Si effectivement, le travail était moins "physique", la responsabilité était lourde et il fallait résister aux éléments... Les plus durs étaient les ouvriers de sociétés extérieures. Ils ne voulaient pas obéir aux ordres d'une femme. Il m'est arrivé de "chasser" les hommes à coups de pierres, quand ils ne s'enlevaient pas assez vite.

Revenons au P.N.. Comment se déroulait la vie dans une ces maisonnettes?
Eh bien c'était assez difficile, surtout au début. J'ai eu du mal à me faire à cette solitude, moi qui venais du travail en usine, où il y avait beaucoup d'ouvrières. Il faut dire qu'à l'époque le P.N. était isolé, il n'y avait pas grand chose autour. Et puis il n'y avait pas de dimanches. Il fallait être présents en permanence et quand nous devions nous absenter il fallait qu'une personne habilitée vienne nous remplacer. Pour les courses ou pour aller à l'école, il fallait aller à Monteux, en vélo...

Comment étiez vous informée de l'arrivée des trains?
Par une cloche. Quand le train partait de Sorgues ou de Monteux la gare de départ donnait des coups de cloche suivant un code particulier. Quand le train venait de Sorgues, nous avions environ une demi heure avant l'arrivée du train. Au départ de Monteux, nous l'avions cinq minutes plus tard. Mais quand le train approchait, il ne fallait pas perdre de temps. Même si les enfants avaient besoin de quelque chose ou que la cuisine était en route il fallait y aller. Heureusement sur cette ligne nous avions le temps. A Sorgues ou au Pontet, nous n'avions pas plus de 3 minutes avant l'arrivée du train c'est peu. Au 429, les barrières étaient normalement ouvertes. J'avais peu de temps pour les fermer. Les jours de grand vent, il fallait bien "s'accorcher" à la manivelle... Comme il n'y avait que peu de circulation automobile, il m'arrivait quelquefois de laisser les barrières fermées pour ne les ouvrir qu'à la demande. Cela dans les cas où j'étais fatiguée... Il valait mieux jouer la sécurité. Quand le train passait, il fallait vérifier que le dernier wagon portait bien les lanternes rouges. Sur la ligne de Carpentras, le dernier train qui fermait la ligne avait en plus une plaque verte.

Le confort était plutôt rudimentaire. N'a t'il pas été difficile d'élever vos enfants dans cette maison?
Nous avons eu 2 enfants. Le premier est né ici, dans la maison. C'est vrai que la maison n'avait pas de confort, mais nous avions l'habitude. Cela n'a pas empêché nos enfants de faire leurs devoirs et de bien travailler à l'école. Ils ont maintenant de bonnes situations. L'important n'est pas de travailler sur un grand bureau, mais d'être motivé. Mon mari, qui était maçon, a agrandi la maison et apporté diverses améliorations. L'eau courante a été installée chez nous quand elle a été mise en place pour les entrepôts qui se sont construits à côté. Maintenant nous habitons toujours cette maison et même si elle est petite et peu confortable elle nous suffit. Quand les barrières du P.N. ont été démontées pour mettre les barrières automatiques, nous avons demandé à en récupérer une et l'avons installée à l'entrée du jardin. J'ai même conservé la petite armoire où sont rangés les pétards de sécurité, le règlement ...

Avez vous connu la traction vapeur sur la ligne?
Quasiment pas. Ce sont les diésels que nous avons vu très rapidement. Nous n'avons jamais "profité" du charbon que les mécanos jetaient au passage. Nous nous chauffons au fuel depuis l'origine...

Comment se passaient les relations avec les usagers?
Je n'ai jamais eu de difficultés avec les usagers de la route, où que je me sois trouvée. Je n'ai jamais connu, non plus d'accidents. Mais il est des fois où nous avons eu un peu peur. Il m'est arrivée de refuser le passage à des engins en trop mauvais état, de peur qu'ils ne tombent en panne sur les voies. Sinon, les relations étaient bonnes avec nos voisins. Quand j'étais à Sorgues, la maisonnette était habitée. Je discutais souvent avec la locataire. Le reste du temps je lisais ou je tricotais dans la guérite. Mais il passait très souvent des trains. Au P.N. 429 il y avait une école (bécassières) à proximité, alors de nombreux enfants passaient. Beaucoup venaient me voir en passant, car nous finissions par nous connaître. Pour la fête des mères, ils m'apportaient des gâteaux... Et puis les adultes aussi. Certains venaient discuter un moment, ou m'apportaient le journal... Et puis nous avions aussi de bonnes relations avec les cheminots. Quand le temps était trop mauvais, il nous arrivait d'abriter un moment les hommes de la voie... Quand, j'avais un remplaçant nous l'invitions à notre table...

Les anciens cheminots nous parlent toujours d'une ambiance formidable au chemin de fer...
Absolument. C'était un peu familial. Nous nous connaissions. De plus mon mari connaissait beaucoup de monde car il était amené à travailler dans toutes les gares ou à tous les passages à niveau, pour les réparations. Les chefs de district étaient formidables... Mon époux a eu de graves soucis de santé et j'ai toujours eu une grande compréhension des chefs de dictrict pour aller le voir à l'hôpital. Quand j'avais besoin de temps, ils s'arrangeaient toujours pour que je sois remplacée. Et puis quand mon mari a repris le travail, il a été très aidé. Si nous n'avions pas été au chemin de fer, il est probable qu'il n'aurait pas été repris.

Les choses ont elles changé?
Je pense que oui. Les "jeunes", ne connaissent pas le métier. Ils arrivent directement avec leurs diplômes, mais ils ne connaîssent pas le "métier" parce qu'ils n'ont pas occupé plusieurs postes avant de prendre leurs fonctions. Il n'y a plus l'ambiance qu'il y avait autrefois.

Que pensez vous de la ligne de Sorgues à Carpentras aujourd'hui?
Ce serait bien qu'elle soit enfin réouverte au voyageurs. Il est devenu difficile d'aller à Avignon. Il y aurait certainement beaucoup de clients pour le train. Mais il faudrait sûrement faire de gros travaux de remise en état de la voie. Pour l'instant le trafic marchandises diminue. La gare de Monteux (local préfabriqué) qui avait été installée ici a été fermée cet été. Il y a moins de manoeuvres depuis la fermeture de l'EP des établissements Etienne. Maintenant pour les quelques manoeuvres qui peuvent rester des hommes viennent de Carpentras.

Nous vous remercions, Madame , pour ces souvenirs..

Interview réalisée en 2003.

 

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Les documents et photos illustrant cet article sont issus de la collection de l'auteur (photos Bézet)...



22/10/2007
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