MADAME S C GARDE-BARRIERE

Madame S. C.,

GARDE BARRIERE...

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- Mme S. C. est fille de cheminots. Elle a vécu toute son enfance dans des maisonnettes de P.N., tenu, elle même un P.N. et terminé sa carrière en 1990 dans les bureaux en gare de Carpentras. Elle fait part de ses souvenirs à M J-C. C..

Je suis née au P.N. 12 à Carpentras! A cette époque il n'y avait pas de maternité (ndla: P.N. Démoli le 14 décembre 1989). Mon père l'avait occupé de septembre 1931 au printemps 1989. Il y avait encore des trains de voyageurs, je m'en souviens, mais j'étais toute petite, je faisais bonjour aux voyageurs. Mais ça n'a pas duré très longtemps.

- Vous avez vécu dans les maisonnettes de P.N.. Ce ne devait pas toujours être facile?
J'avais l'habitude. Mes parents et grands parents étaient déjà aux chemins de fer. Mon grand père était cantonnier à Velleron et ma grand mère tenait un P.N. à Velleron aussi. Quand elle est partie en retraite, il y avait pénurie de personnel, alors la S.N.C.F. lui a demandé si elle aurait une remplaçante. C'est l'une de ces filles, ma mère, qui était encore célibataire, qui a repris le P.N.. Mon père, lui, était jardinier, il n'avait aucun rapport avec le rail. Comme ma mère travaillait à la S.N.C.F., il a fait une demande et a été embauché comme cantonnier. Peu à peu il a évolué, il est devenu sous chef de canton, puis a terminé sa carrière comme chef de canton principal.

- Vous avez commencé votre carrière jeune?
Oui, j'ai pris le P.N. à 16 ans!

- Ce ne devait pas être facile, une telle repsonsabilité si jeune? Et puis pour les sorties...
Oui, Il y avait beaucoup de contraintes. On ne pouvait pas sortir. Quand je voulais aller chez le coiffeur pour les commissions, il fallait que quelqu'un me remplace. C'était souvent mon père. Le dimanche on travaillait. C'était mon père qui prenait la place pour que je puisse sortir de temps en temps. Mais on ne sortait peu.
C'est une grande responsabilité. Je ne sais pas si je le referais aujourd'jui. Mais j'avais toujours vécu ça.

- C'est vrai. De plus les barrières étaient manuelles?
Oui. Il fallait en fermer 4. Il fallait beaucoup marcher et ça par tous les temps.

- Justement, comment ça se passait quand il y avait de la neige?
Il y avait une consigne à respecter. Il fallait dégager les abords du P.N., nettoyer les contre-rails, et enlever la neige pour pouvoir fermer les barrières. Elles descendaient assez bas.

- Et la nuit, il y avait des consignes spéciales?
C'est surtout pour mes parents. Moi, je finissais à 19 heures l'hiver et 21 heures l'été, parce qu'il n'y avait plus de service voyageurs. Les dernières années, on nous avait installé deux ampoules électriques de chaque côté du P.N., branchées sur notre compteur E.D.F.. On recevait pour ça une indemenité forfaitaire.

- Comment saviez vous quand il fallait fermer? Il y avait une cloche?
Il fallait surveiller. Il n'y avait pas de sonnerie. Il y avait une cloche, mais ce n'était pas le train qui la faisait fonctionner, mais l'agent mouvement de Carpentras ou de Sorgues. Des fois ils oubliaient...
On avait les horaires des trains. Il fallait surveiller 10 minutes avant l'heure prévue. Dans le temps, quand il y avait des locomotives à vapeur, c'était plus facile. On voyait la fumée quand le trains démarrait. Alors on savait qu'il n'allait pas tarder à arriver. Mais avec les diésels, il n'y avait plus la fumée. Il fallait avoir l'oeil et l'ouïe. Il y avait une courbe à la sortie de Carpentras...

- Il me semble qu'il y avait des consignes spécifiques à la ligne de Sorgues à Carpentras, vis à vis des signaux à cloches?
Oui, sur les autres lignes le code était constitué d'un même nombre de coups de cloches. Sur cette ligne le nombre de coups était différent suivant la provenance des trains. Je ne sais pas pourquoi.
Quelquefois quand les trains venant de Sorgues étaient trop lourds et qu'ils devaient s'arrêter au sémaphore, ils ne pouvaient plus redémarrer. Il fallait, alors, couper le train pour le monter en 2 fois. Alors aux P.N. il fallait être vigilents. Il fallait vérifier si les trains avaient bien leurs lanternes de fin de convoi. Dans le cas du train coupé, ils ne les portaient donc pas. Ca veut dire que la machine allait redescendre les chercher, et que nous devions donc faire attention à ces nouvelles circulations.

- Puisque vous me parlez de la signalisation d'arrière des trains, pouvez vous nous en dire plus par rapport aux derniers trains de la journée?
Le dernier train portait un signal vert et blanc. Le jour c'était une plaque et la nuit une lanterne. Mais il arrivait que la lanterne s'éteigne en cours de route, alors on devait aller en gare pour vérifier que c'était bien le dernier train et qu'on pouvait aller se coucher. Parfois, quand les lanternes étaient en panne, le train s'arrêtait à chaque P.N. pour donner une dépêche indiquant la fin de service.

- En été, il y avait plus de circulations donc plus de contraintes?
Oui, on finissait plus tard et il y avait plus de trafic la journée. Le dernier train partait vers les 21 heures. Les samedis il y avait un train supplémentaire à 22 H. Il y avait 2 trains, un pour Sorgues, l'autre pour Orange, qui partaient à 5 minutes d'intervalle. Ils étaient chargés et très longs!

- Dans les maisonnettes il n'y avait pas de confort. Pouvez vous nous en dire plus?
A notre P.N. on a eu l'électricité en 1942... je me souviens d'avoir fait mes devoirs à la lampe à pétrole. Pour l'eau on avait un puits. Dans les dernières années on a eu un moteur pour pomper l'eau du puits et enfin l'eau de la ville. Dans la maison il n'y avait pas de salle de bains. On faisait la toilette dans la cusine, à l'évier. L'été on la faisait dehors, l'hiver dans la cuisine. C'atait la seule pièce chauffée avec un poële à bois et charbon. Les chambres c'était des fours l'été et des glacières l'hiver. On dormait avec des bouillottes, des édredons... mais on ne connaissait rien d'autre... Ce serait maintenant...

- Les maisons avaient aussi un jardin?
Oui. C'est mon père qui le travaillait. Nous avions des tomates, des pommes de terre, nous élevions des poules, des pigeons, des lapins...

- Comment se passaient les soirées?
On faisait la veillée, avec les voisins. On jouait aux cartes, les femmes faisaient du tricot ou on bavardait... Nous avons eu un poste de radio à partir de 1943, quand nous avons eu l'électricité.

- A cette époque c'était la guerre. Vous en souvenez vous?
J'étais trop petite. Je me souviens seulement un peu des réquisition et des restrictions. Il y avait aussi la lumière qu'il fallait masquer, le soir. Le P.N. c'était mes parents qui en avaient la garde. Je ne sais pas s'ils avaient des consignes spéciales. Et puis je me souvient d'un moment où il y a eu un train de munitions à Carpentras. Nous avions peur, car nous n'étions pas très loin. Quand nous apercevions des avions, mes parents nous envoyaient dans la campagne pour que nous soyons à l'abri.

- Pendant votre carrière, avez vous connu des incidents ou des accidents?
Non, rien de majeur. Il n'y a que vers les derniers temps quand le marché gare a été implanté et que beaucoup de poids lourds on commencé à circuler. Le passage était trop étroit et souvent les camions défonçaient les barrières. Dans ce cas nous devions mettre des banderolles à la place. Mais il fallait être encore plus attentifs, car il y avait des personnes qui passaient sous les banderolles.

- Comment s'est passée la fin du P.N.?
J'en ai assuré la garde jusqu'en septembre 1973, quand les barrières automatiques ont été mises en place. Quelque temps auparavant on m'a avertie que mon poste allait être supprimé. Alors je suis allée à Marseille passer des examens pour devenir employée de bureau ou facteur aux écritures. Je les ai réussis. On m'a proposé une place au dépôt d'Avignon, mais j'ai refusé à cause de problèmes de transports. Finalement j'ai trouvé un poste à Carpentras. Puis je suis allée "à l'école" à la Joliette, pour obtenir le grade de commis marchandise. J'ai ensuite été envoyée en gare d'Avignon où j'ai occupé divers postes. En 1979, je suis revenue à Carpentras. En 1982, la vente des billets voyageurs a été remise en place. Il a fallu une formation spéciale. Et puis, je suis partie en retraite en 1990.

- Comment avez vous vécu ce changement? Il est sûrement difficle de quitter un poste où en est autonome, pour un travail en équipe.
C'était un peu difficile, c'est vrai, au début. Et puis, il faut s'adapter...

- Avec le recul, avez vous des regrets par rapport à cette carrière?
Non, pas de regrets. J'ai baigné toute ma vie, depuis toute petite, dans l'ambiance du chemin de fer. Pourquoi ne pas le refaire si c'était possible?

- Comment voyez vous le chemin de fer d'aujourd'hui?
C'est l'ère du T.G.V.. C'est extraordinaire, le T.G.V.. Quand on pense qu'avant il fallait pas loin de 12 heures pour aller à Paris, avec des trains qui s'arrêtaient à toutes les gares. Mais je trouve qu'on en fait trop pour le T.G.V. et pas assez pour les petites lignes.

Nous vous remercions, Madame, pour ces souvenirs..

Interview menée par M J-C. Capdeville en 1999.

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15/05/2011
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