MONSIEUR E. B. MECANICIEN DE ROUTE...

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Monsieur E. B.,

Mécanicien de Route...

 

M E. B. est entré au P.L.M. en 1936. Il a fait une carrière de mécanicien vaporiste. Il fait part de ses souvenirs.

Je suis entré en 1936 au dépôt d'Ambérieu (Ain). Puis mon père a été muté au Teil, alors en 1937, je suis venu aussi au Teil.

Vous avez été apprenti au Teil. Comment cela se passait il? C'était sévère?
Oui, c'était assez sévère. On prenait des cours de mécanique, de dessin industriel, on faisait aussi du sport... A Avignon, les jeunes assistaient au lever des couleurs et chantaient l'hymne au chemin de fer! Au Teil, je n'ai pas souvenir que cela existait.
Ensuite je suis entré aux ateliers. On m'a demandé si je voulais rouler. C'est comme ça que je suis devenu mécanicien. Chauffeur d'abord, puis mécanicien. Mon père m'accompagnais parfois. Il était chef mécanicien, il portait la blouse noire.

Alors, comment ça se passait entre père et fils?
Des fois il demandait au mécanicien de me laisser un peu le manche. Et le mécanicien chauffait à ma place quand je n'y arrivais plus. On allait du Teil à Portes, par le viaduc du Rhône.

Comment ça se passait avec la hiérarchie?
C'était sévère. Il ya avait des chefs de dépôt qui n'étaient pas commodes.

Voue êtes passé de chauffeur à mécanicien? Comment cela s'est déroulé? Sur quelles machines avez vous roulé?
D'abord j'ai été élève mécanicien. Des fois on faisait mécanicien, des fois on faisait chauffeur. Il y avait des 141 C et des 140 G américaines. Puis j'ai passé l'examen à Nîmes, "à la barre", comme on disait. On attendait notre tour pour passer devant un ingénieur et un chef de traction qui nous interrogeaient. Suivant les notes obtenues on était reçu ou non. Ceux qui avaient les meilleures notes, ils étaient autorisés aux voyageurs, aux rapides. Moi j'ai été autorisé bien après. On faisait de tout dans le roulement, des marchandises, des omnibus...

Vous avez donc roulé sur les lignes du Vaucluse?
J'ai roulé sur la ligne de la côte bleue. C'était très dur avec les omnibus. Le dimanche il y avait beaucoup de voyageurs, surtout des jeunes de Marseille qui tiraient le signal d'alarme pour descendre n'importe où. Et puis il y avait beaucoup de tunnels sur cette ligne. Il fallait les compter pour savoir dans quelle gare on arrivait. J'ai roulé aussi sur la rive droite du Rhône et sur les lignes de Carpentras, de Pertuis et parfois d'Apt. Les chefs de train devaient descendre du diesel pour aller fermer les barrières des P.N.!

Vous avez donc vécu la guerre au chemin de fer?
J'étais déporté en Allemagne...

Vous n'étiez pas au chemin de fer?
Si, mais j'étais déporté pour le S.T.O.. C'était obligatoire.

Vous êtes rentré ensuite et avez repris la conduite des trains. Avez vous conduit des trains de voyageurs sur les lignes du Vaucluse?
Oui, c'était mélangé dans les roulements; des voyageurs, des marchandises, des messageries... Mais il n'y avait plus de service voyageurs sur les petites lignes du Vaucluse. J'ai fait des voyageurs vers Cavaillon et Port de Bouc. Le premier arrêt était à l'Isle. C'était sur des R "mazout".

Comment vivait le "trio" Mécano, chauffeur, machine?
Le mécano avait sa machine "à lui". Il avait son nom marqué sur une plaque fixée sur la loco. Il n'étais pas rare que les mécanos viennent aux ateliers pendant leurs jours de repos, pour surveiller les réparations faites sur "leur" machine. Pour les grosses réparations, la visite des chaudières, il fallait tomber le feu. Le plus dur était de travailler dans les foyers. Il fallait entrer par le gueulard, à "4 pattes". On allait dans les foyers pour réparer ou vérifier les entretoises et les tirants. Et puis on contrôlait aussi les plombs fusibles de sécurité. Il ne fallait pas les faire fondre! Ca coûtait cher!

Cela ne vous est pas arrivé?
Si, une fois! Il fallait immédiatement jeter le feu. C'est dû à un manque d'eau dans la chaudière. Ca c'est terminé par un blâme et la suppression de primes.

Vous n'avez pas été descendu de machine?
Non. Je n'ai été descendu qu'une fois pour raison médicale. J'attendais des lunettes à verres correcteurs, alors je restais aux ateliers. On passait la visite médicale à Valence.

Vous avez été mécanicien de route. Avez vous des souvenirs d'incidents ou d'accidents?
Juste une fois où nous avons déraillé à l'entrée du triage de Miramas. Juste la machine. Il a fallu faire une demande de secours. Nous avions un imprimé spécial pour ça. Quand ça arrivait en pleine ligne, il fallait demander un secours par l'avant ou par l'arrière, en fonction du dépôt le plus proche. Mais c'est tout dont je me souviens. Je n'ai heureusement pas eu d'accidents en 25 ans de ligne (33 ans avec l'atelier).

Et la vie de famille?
C'était assez dur. C'est le métier qui veut ça. Pas de dimanches ni de fêtes. Pour noël ou le jour de l'an, il fallait faire un roulement. Nous inscrivions nos souhaits sur un cahier. Ceux qui avaient la noël n'avaient pas le jour de l'an. Mais certains préféraient un fête ou l'autre suivant la situation de famille.

Et la vie dans le foyers?
Il n'y avait pas de cantine. Il fallait apporter son panier et ses gamelles. On faisait réchauffer au réfectoire. On mangeait avec des collègues de Dijon, Lyon, Veynes... Mon plus mauvais souvenir est le foyer de Nîmes... Il y avait des rats dans les dortoirs et dans le réfectoire. C'était après la guerre. Il n'y avait pas de sanitaires dans les foyers, juste le strict nécessaire. A Badan, le dortoir était un bâtiment préfabriqué en bois! On entendait ronfler les copains. A Nîmes le dortoir se trouvait dans le dépôt à proximité des machines et de la plaque tournante. On entendait tous les bruits des machines. Quand on finissait par dormir, le surveillant du dépôt venait nous réveiller quand notre heure de départ était proche. Plus tard il y a eu des systèmes de réveil.

Vous souvenez vous de votre dernière vapeur?
C'était une 140 J, vers Pertuis. Mais je n'ai pas terminé ma carrière sur une vapeur mais aux diésels.

LOCOMOTIVE 140 J

Une 140 J au Teil...

Vous avez tracté les trains rapides 921/922 Paris - Marseille via Cavaillon et Port de Bouc. Était ce un train difficile?
Oui, mais le plus dur était le train 3... Le train bleu. Il fallait faire Lyon Avignon d'une seule traite, sans prendre de l'eau à Valence. Le PC nous surveillait. C'était très difficile, il fallait faire très attention à ne pas trop "allonger la marche". Nous n'y arrivions pas toujours. On prenait nos précautions au départ. On remplissait au maximum au dépôt de Vénissieux puis on montait à Perrache prendre la rame. En ligne on roulait à 100. C'était avec des 141 R "mazout". On nous donnait des machines à "gros numéros" (NDLA: Machines les plus modernes de la série, bénéficiant de certains aménagements par rapport aux premières livraisons... à petits numéros).

LOCOMOTIVE 141 R

Une 141 R "mazout" en plein essor dans la vallée du Rhône.

Vous avez donc terminé aux diésels?
Oui, sur des 63 000 et des 67 000. On allait vers Apt ou Pertuis. Les trains étaient courts. Il fallait s'arrêter en ligne pour fermer les barrières de P.N... à Bonnieux.

Referiez vous cette carrière qui c'est terminée en 1972?
Peut être que oui. Nous sommes partis à 50 ans. C'était dur, mais je ne regrette rien. J'y ai pris du plaisir. Et puis, mon père et mon grand-père étaient déjà cheminots. Mon grand père à fait l'ouverture de la ligne du Teil. Il roulait jusqu'à la Voulte... Ils y prenaient leur repos. On m'a raconté qu'ils buvaient une bonbonne de vin durant le voyage. C'était très dur, c'était sur des machines avec une grande cheminée et un petit foyer...
Maintenant tout à bien changé, il y a le téléphone sur les machines...
Enfin, j'ai toujours la carte, mais je n'ai plus voyagé depuis longtemps...

Nous vous remercions, Monsieur, pour ces souvenirs.

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22/12/2007
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